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La Guitare du mois : Peavey T-60 de 1977

Dernière mise à jour : 12 sept. 2023

Cette année, je publierai chaque mois un article sur une guitare sélectionnée parmi celle qui sont passées à l'atelier. Il ne s'agira pas uniquement de collectors exceptionnels, mais également de guitares qui me plaisent pour une raison ou pour une autre et bien souvent ce seront des guitares qui ne payent pas de mine mais qui possèdent de vraies qualités. Elles auront eu certainement un rôle dans l'histoire de la guitare moderne, même si ce rôle peut sembler anecdotique en tout cas, elles me plaisent à moi car elles me rappellent mes débuts quand le monde de la guitare me semblait si merveilleux.

Et la guitare de ce mois-çi et celle là même qui m'a donné envie de réaliser ce nouveau "challenge" .

Déjà, lorsque j'ai vu la cliente arriver à l'atelier avec cet énorme étui, mon premier réflexe a été de lui dire "celle là c'est celle de votre papa" et bim, pas loupé c'était le cas.


Et ce n'est pas sans émotion que j'ai ouvert l'étui, connaissant par coeur ce qui m'attendait tout en ayant oublié certains détails mais qui me revenaient au fur et à mesure que je l'observais, un peu comme quand on retrouve une vieille connaissance qu'on a pas vu depuis longtemps.


J'ai connu ces guitares au tout début des années, 80, je dirais 82 et c'était à mon premier atelier d'Annecy, au sein de magasin Annecy Musique. Il existait sur Annecy quelques guitares et basses issues de cette usine, et étant un des rares luthier de la région à l'époque, on m'amenait souvent des modèles remarquables car on savait que j'était curieux et passionné. Une basse de la série avait posé pas mal de problèmes de manche et plusieurs magasins s'étaient risqués à la régler, et je n'avais pas encore l'expertise qui me permettait d'analyser d'où venait le problème, mais avec le temps, j'ai compris qu'il y a des choses à éviter si on ne veut pas s'exposer à quelques problèmes, je vous raconterai ça un peu plus bas.

Les points remarquables: Déja, le détail qui m'a toujours plu et étonnée, c'est que cette société ait trouvé un moyen de se faire faire ses boutons, chevalets, plaque de manche en relief et à leur effigie. Je ne parle pas de mettre juste un autocollant ou une plaquette sur une marque existante, mais tellement de concevoir le design , les matériaux et les finitions de pièces originales. Quelque part, pour un industriel, il est assez facile d'accéder à ce genre de fabrications, mais j'ai trouvé interessant qu'ils poussent le bouchon aussi loin. Toutes ces pièces sont en métal, à mon avis il s'agit d'un procédé de coulage / moulage. Cela joue en grande partie sur la personnalité de cette guitare, mais apporte une certaine pesanteur visuelle qui ne dénote pas avec le reste de l'instrument et par là de son étui qui veut donner une impression de robustesse à toute épreuve. Je pense que c'est un choix du designer fabricant. A propos de pesanteur, tout le monde s'accorde à dire qu'elle est lourde, voir très lourde, et que cette sensation n'est pas des plus agréables. Cela est dû à l'emploi exclusif de fameux frêne noir américain (fraxinus nigra) , bien différent du swamp ash ou frêne des marais (fraxinus pennsylvanica) . En effet ces deux variétés de frêne, si elle se ressemblent d'une manière assez troublante d'un point de vue visuel, sont radicalement différentes en terme de densité. Et si le swamp ash est un must en terme de lutherie, le frêne noir est surtout connu pour être un excellent bois pour la fabrication des battes de base-ball, des skis et des panier traditionnels amérindiens. Actuellement l'un comme l'autre sont en voie de disparition en raison de la prolifération d'un parasite qui s'appelle l'agrile du frêne. Ce frêne noir est le même qui a été utilisé par Fender durant l'époque CBS, et qui à à mon avis contribué à abimer la marque jusqu'à la rendre moribonde à la fin des années 80. La plupart des guitares sortie à cette période étaient lourdes et pas très bien taillées, on sentait qu'il fallait que ça rapporte. C'est à cette époque qu'on a vu arriver les fond polyester très épais et très plastiques en replacement des vernis cellulosiques. En effet, le frêne noir possède des pores très profonds qui sont compliqués à boucher avec les vernis traditionnels, dès lors en adoptant ce bois, il a fallu adopter le vernis épais qui allait avec.

On peut se demander alors pourquoi Peavey à choisi ce bois plutôt qu'un autre. Personnellement, j'avoue que malgré son poids -et certainement grâce à lui- j'aime vraiment les aigües qu'il génère, très mordants et présents, cinglants et avec beaucoup de twang. Je pense qu'il est plus facile d'ajouter des basses à une guitare qui en manque que de faire disparaître du bas à une guitare qui en a trop. Ainsi, les guitares et basses fabriquées avec cette essence ont une attaque très mordante, très rock'n'roll et pleine de growl , de ce fait, elle arrivent malgré leur double bobinages à sortir du mix avec facilité et obtiennent un certain succès auprès des guitaristes de country et rock'n'roll profondément américains. (Comme les deux exemples en vidéo de Jerry Reed (Elvis Presley, Chet Atkins) ou Carl Perkins (Elvis Presley, Johnny Cash, Jerry Lee Lewis)

L'électronique de ces guitares est particulière puisqu'en montant à fond la tonalité on met une des bobines à la masse et on a alors des simples bobinages. Pour retrouver le double bobinage, il suffit de baisser la tonalité. Dans le cas de la notre, le système n'avait pas encore été appliqué, ce qui me fait penser que l'on est sur un des premiers modèles de la série. (Ce que semble confirmer la date sur les potentiomètres CTS)


Mais il y a tout de même des problèmes:

Et le plus gros vient du manche: en observant de plus près, on arrive à distinguer qu'il a été fabriqué en deux parties, collées sur l'axe longitudinal en plein centre, et on sait depuis que c'est une erreur de faire ça: parce que si vous prenez deux pièces de bois et que vous les posez côte à côte pendant quelques temps, vous allez vite constater qu'elles travaillent et se déforment obligatoirement en se creusant ou en se bombant, en se cintrant à gauche ou à droite. et si vous avez le malheur que les deux pièces se contredisent, et que l'une soit plus nerveuse que l'autre, vous aurez un manche plat dans les basses et creux dans les aigües ou le contraire. Et là, votre Truss Rod n'y pourra rien. si vous essayez de diminuer le creux il va se créer une bosse sur l'autre partie du manche, si vous voulez mettre le manche plat sur l'autre partie du manche, la première deviendra creuse = Guitare impossible à régler. Et malheureusement cela se confirme dans 90 % des cas, d'autant plus certainement que les guitares sont produites en série, avec un séchage limité des bois et des temps de pose après débits tout aussi limitées.

Pourquoi avoir choisi alors ce manche en deux parties??? Je n'ai pas de réponse, mais je pense qu'il s'agit surtout d'un manque de recul car d'un point de vue économique, cela demande -a-priori- plus de travail. L'idée était peut-être que les deux pièces de bois se "contredisant" on arriverait à un résultat nul et donc une stabilité que n'offre pas à-priori un manche en une pièce.


Pour continuer dans les détails, on peut apercevoir les mécaniques Gotoh estampillées de leur logo quand elles ne clamaient pas encore leurs origines.


Epilogue

A l'instar des Fender CBS , les Peavey n'auront tenu que quelques années et pour un succès et une production nettement moindres. En ce qui me concerne, elle aura marqué une époque, celle de mes débuts et rien que pour ça je la classe dans les guitares remarquables parce que marquante.



Une vidéo sur laquelle on peut apercevoir un bon paquet de ces modèles de la marque, ce qui me laisse à penser que le placement de produits par des influenceurs ne date pas de la naissance de Dubaï .



Et un autre grand Monsieur du Rock'n'roll, sur ce modèe de Peavey, accompagnée par une brochette de musiciens qui ne font pas que de la figuration.



3 comentários


contact
10 de set. de 2023

Merci Patrice,

J’ai attendu qq jours avant de lire l’article histoire de pouvoir l’apprécier avec du temps de lecture.

merci pour ce partage. Effectivement j’ai regardé sur le net et il y a vraiment une communauté qui vaut un culte à ce modèle oublié. Sa lutherie devrait lui permettre de traverser les siècles. (Amen)


Thibaut (Sharewood)


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Vernon Sullivan
Vernon Sullivan
08 de set. de 2023

Merci Patrice pour cet article très intéressant et instructif.

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frantz
08 de set. de 2023

Article très intéressant avec infos très détaillées sur le fameux frêne noir 😉

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