Revamping: Squier Starcaster
- 20 mars
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 mars

J’ai acheté l’an dernier, en occasion, une Squier Starcaster demi-caisse fabriquée en Indonésie.
L’idée de départ était simple : proposer à certains clients une alternative plus compacte à mes modèles de type Continental — des instruments inspirés de l’esprit Gretsch, mais dont le format et le coût peuvent freiner.
Histoire
Cette guitare interpelle directement par son look assez peu consensuel, et pour l'histoire, la Starcaster s’inscrit indirectement dans une circulation d’idées entre l’Europe et les États-Unis. Dans l’Allemagne d’après-guerre, des ateliers comme Musima — héritiers d’un savoir-faire plus ancien associé à la famille Rossmeisl — développaient déjà des guitares archtop et semi-archtop aux formes libres, avec des ouïes travaillées et une approche très architecturée du corps.
Roger Rossmeisl, issu de cette tradition, poursuivra son parcours aux États-Unis en collaborant avec Rickenbacker puis Fender, contribuant à introduire chez Fender une sensibilité nouvelle pour les corps creux et les lignes plus organiques. La Starcaster apparaît ainsi comme une synthèse tardive : une guitare américaine qui, sans le revendiquer directement, réinterprète à sa manière des idées formelles déjà explorées de l’autre côté de l’Atlantique. Cette filiation explique donc cette tête particulière, ces ouïes étirées et la forme asymétrique du corps. Je vous laisse rechercher "Musima" ou "Rossmeisel" sur internet et vous comprendrez alors l'arbre généalogique duquel descend notre modèle.
Retour à l'atelier
Je ne souhaitais pas relancer un développement complet : dessin, plans, gabarits… tout cela pour produire, au mieux, une guitare par an, souvent en décalage avec le prix réel que demande ce niveau de travail.
Cette base industrielle s’y prêtait assez bien.
Le corps est en contreplaqué — ou “laminé”, pour employer un terme plus acceptable — probablement en tilleul ou en érable. Ni mieux, ni pire que ce que l’on retrouve sur de nombreuses demi-caisses de grandes marques.
En revanche, la poutre centrale est réalisée dans un bois tendre. C’est, à mes yeux, le point faible structurel de l’instrument — et une erreur volontaire que rien ne permet réellement de corriger.
Le manche, assez fin, présente une bonne planimétrie, ce qui en fait une base de travail saine.
J’ai donc entièrement repris l’électronique : composants CTS, nouveau jack, condensateurs, câblage.
J’y ai installé deux micros Wide Range de ma fabrication, qui m’ont permis au passage de valider ces prototypes dans un contexte réel.
Enfin, le stop bar d’origine a été remplacé par un vibrato Goldö, dans l’esprit de ce que propose Duesenberg et le sillet de tête à été remplacé par un sillet en graphite fabriqué et ajusté à l'atelier: Associé à un vibrato de type vintage / Bigsby, je préconise fortement le sillet graphite qui permet un réel acompagnement des cordes et donc une meilleure tenue d'accord. Dans le cas de cette guitare , l'opération s'avère être une totale réussite. Petit détail supplémentaire, les 4 dômes de potentiomètre ont été remplacés par des dômes métal large et massifs au design un peu art déco très réussi - petit plaisir d'esthète et touche final en cohésion avec le reste du tavail-
J’appelle ce type d’intervention un “revamping” : on conserve une base existante, mais on la repense entièrement dans son fonctionnement et son intention.
Soyons clairs : ce n’est pas la guitare du siècle.
Mais pour un budget contenu, on obtient un instrument qui a été pensé, corrigé et ajusté à l’atelier — quelque chose qui, autrement, n’existerait tout simplement pas dans cette gamme.
À ce stade de mon parcours, me lancer dans le développement d’un nouveau modèle n’a de sens que si les conditions sont réunies — ce qui est rarement le cas.
Le travail de mise au point d’un prototype est considérable, et reste largement invisible pour qui n’a jamais mis les mains dans ce type de fabrication.
Malgré des demandes régulières, la réalité des ventes ne permet pas d’équilibrer ce type d’investissement.
Cet instrument restera donc une pièce à part.
Une tentative honnête, aboutie mais qui ne sera certainement pas reproduite.














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